III) DESCRIPTION

Le "gwoka", musique répétitive repose sur de nombreux éléments récurrents que sont surtout la forme du rythme du "boula", les battements de mains et les phrases mélodieuses du chœur (répondè).
Cependant, grâce à l'improvisation et le retour constant à la norme le "gwoka" prend souvent un caractère envoûtant. Récemment encore on pouvait voir des danseurs dans un état second proche de la transe. Les mélodies sont généralement construites sur un mode pentatonique (les spécialistes s'y reconnaîtront), ce qui n'empêche pas certains chanteurs d'utiliser quelque fois d'autres échelles et registres.
L'art de l'improvisation représente un des fondements du gwoka. Chanteurs, danseurs, et tambourinaires ont toute liberté pour s'y livrer à condition toutefois qu'ils respectent le tempo de la musique et ne rompent pas la chaîne harmonique.

 

1) Les instruments

Le gwoka se joue avec 3 "ka" (ou 2 tout au début) c'est à dire 2 "boula" et 1 "makè" à peu près de la même taille.

Un "ka" se compose de :
- 1 baril appelé "bouko" en créole
- 1 peau de cabri (po a kabrit) mâle pour le "boula" et femelle pour le "makè"
- 2 "sèk" pour maintenir les cordes
- 6 "klé" pour serrer le tout
- "zoban" = corde

On utilise quelque fois des "tibwa" mais la calebasse (gourde vidée de son contenu, séchée et remplie de graine) est plus fréquemment employée. Dans la musique traditionnelle la calebasse ("chacha") joue le rôle d'accompagnement rythmique et résonne comme un bruit de fond. Mais qui sont les acteurs de cette musique ?

2) Les acteurs = musiciens et autres

 

a) Le public

En "gwoka" il n'y a pas en principe de spectateurs au sens strict du terme. C'est une musique qui exige la participation de la collectivité, du public. Les choristes et les musiciens forment un cercle et laissent un espace destiné aux danseurs. Tous les acteurs sont interdépendants et si l'un n'est pas à la hauteur la musique ne peut se dérouler

 

b) Le chanteur

Dans le "gwoka", le chanteur tient une place prépondérante et de ce fait doit faire preuve de "lokans". Il est en quelque sorte le chef d'orchestre qui dirige les choristes et les "tanbouyé", n'hésitant pas à les encourager ou à les réprimander s'il n'est pas satisfait de leur prestation. Le texte de ses chansons traite généralement de la vie quotidienne du peuple.
Les premières paroles de son chant qui constitue ce qu'on pourrait appeler avec imprécision "le refrain" seront reprises par les choristes qu'il sollicitera en chantant avant de faire de même pour les tambourinaires ou "tanbouyé".

 

c) Le chœur / "répondè"

Le chanteur a toujours à ses cotés un petit groupe de gens fidèles, experts comme lui-même et qui sont chargés de lui donner la réplique, donc de répondre le plus juste possible.

 

d) Les tambourinaires / "tanbouyé"

Les "tanbouyé" sont normalement au nombre de trois (2 "boularien" et 1 "makè") même si aujourd'hui plusieurs groupes en mettent plus. Le chef des "tanbouyé", c'est à dire le "makè" tient le rôle de soliste et frappe sur le tambour au son le plus aigu tout en étant assis sur un petit banc, son instrument placé devant lui. Il semblerait qu'autrefois il se tenait lui aussi à califourchon sur son "ka", et que VELO ait été l'initiateur de la nouvelle formule.

C'est en générale le "makè" qui s'exécute le premier pour lancer le morceau sous l'injonction du chanteur. Les autres tambourinaires produisent un son grave assis à califourchon sur leur instrument. Ils ont la lourde responsabilité, tels des métronomes, de maintenir le rythme de base afin que le soliste puisse s'exprimer. Il arrive souvent que la virtuosité du "makè" touche ceux qui écoutent au point de leur donner des frissons ou de leur mettre les larmes aux yeux, d'autant plus qu'un véritable dialogue s'établit entre le "makèet le "dansè", évoquant tantôt la complicité, tantôt la lutte.

 

e) Les danseurs

L'espace danse est libre à toutes et à tous. Le danseur peut tout simplement sortir du public. Mais il doit savoir s'adapter au rythme joué et donner libre court à son imagination pour faire valoir sa faculté d'improviser et la souplesse de son corps tout en marquant la "rèpriz".
C'est en général lui qui mène la danse et lui que le "makè" doit suivre. Il est tour à tour remplacé par un autre danseur si bien qu'on ne s'en lasse jamais.

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